NICKI MINAJ, ESTIME DE SOI ET DÉRIVES IDENTITAIRES: QUAND L’AMOUR-PROPRE SE TRANSFORME EN RESSENTIMENT

Quand l’estime de soi devient une arme contre les autres

La récente prise de parole de Nicki Minaj n’a pas seulement déclenché une polémique politique. Elle a mis en lumière une dérive plus profonde, plus intime, et surtout plus dérangeante: la confusion volontaire entre amour de soi et hostilité envers les autres.

Depuis plusieurs années, une partie du discours identitaire prétend défendre les femmes noires en érigeant la dévalorisation d’autres femmes, d’autres corps, d’autres traits, en acte de résistance. Or, ce mécanisme n’a rien d’émancipateur. Il est le symptôme d’un malaise.

L’estime de soi n’est pas un jeu à somme nulle

Nicki Minaj rappelle une évidence que l’idéologie contemporaine a rendue suspecte: on peut s’aimer sans exiger que les autres se taisent, se diminuent ou disparaissent.

Affirmer sa beauté, son identité ou sa valeur ne nécessite pas de décréter que celles des autres seraient illégitimes, toxiques ou oppressives par nature. La beauté n’est pas un territoire à défendre. L’estime de soi n’est pas une ressource limitée.

Quand une femme noire dit “je m’aime telle que je suis”, cela devrait être accueilli comme une victoire. Mais lorsque cet amour de soi se transforme en ressentiment, en surveillance morale, en haine déguisée, on quitte le terrain de la dignité pour entrer dans celui de l’aigreur.

Quand la fierté devient ressentiment

Il faut avoir l’honnêteté de le dire: certaines femmes noires n’ont pas été encouragées à guérir, mais à transférer leur douleur. À défaut de réparer leurs blessures, on leur a appris à désigner des coupables. À défaut de construire une identité solide, on leur a offert une identité de haine sans fin des autres.

Ce glissement est dramatique, car il inverse les rôles. La victime devient censeur. La souffrance devient prétexte. La fierté devient hostilité. Et si nous élevons nos enfants ainsi, je vous assure qu’ils ne trouverons jamais la paix.

Rabaisser les autres femmes, ou les autres races, n’est pas une preuve de confiance en soi. C’est une confession involontaire de fragilité intérieure.

La toxicité qui se présente comme vertu

Le plus troublant, c’est que cette posture se revendique comme progressiste, inclusive, libératrice. En réalité, elle fonctionne comme un système fermé. Elle tolère l’expression tant qu’elle respecte une hiérarchie implicite des identités. Elle célèbre la diversité tant qu’elle ne concerne pas les idées, les sensibilités ou les trajectoires individuelles.

C’est précisément ce que la sortie de Nicki Minaj a fait exploser. En refusant de participer à ce jeu, en affirmant qu’aucune petite fille ne devrait apprendre à se détester pour réparer les blessures des autres, elle a mis le doigt sur une hypocrisie majeure.

Une question morale, pas identitaire

La question n’est pas raciale. Elle est morale.

Peut-on construire une estime de soi saine en apprenant aux jeunes filles que leur valeur dépend de la diminution des autres ?Peut-on parler d’émancipation quand l’identité devient une prison idéologique? Peut-on prétendre défendre les femmes tout en leur refusant le droit à la nuance, à la divergence, à la paix intérieure?

La réponse est non.

Ce discours ne protège pas les femmes noires. Il protège une vision du monde fondée sur la colère, la comparaison et la domination symbolique.

Conclusion

La réaction violente à la prise de parole de Nicki Minaj révèle moins un désaccord qu’un malaise profond. Quand l’amour de soi devient agressif, ce n’est plus de la fierté. C’est une faiblesse qui se donne en spectacle.

Et peut-être est-il temps de rappeler une vérité simple, presque oubliée: s’aimer vraiment, c’est ne plus avoir besoin de rabaisser les autres parce qu’elles ne sont pas noires. D’ailleurs, on n’aime jamais les gens aigris et gorgés de ressentiments. On les supporte, parfois. On les évite, souvent.

L’aigreur n’attire personne, elle est repoussante et n’inspire jamais. Pire, elle ne crée ni respect ni adhésion. Elle isole.

Quant au ressentiment, c’est une posture. La paix intérieure en revanche est un magnétisme.

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