LES INFLUENCEUSES DU DEVELOPPEMENT PERSONNEL SE NOURRISSENT DE VOS INSÉCURITÉS

Elles ont la peau parfaite, la mâchoire dessinée, les cheveux glossés et un micro devant un ring light. Elles parlent d’“énergie féminine”, de “s’aimer soi-même” et de “ne jamais se contenter de moins qu’un homme riche, généreux et émotionnellement disponible”. À les écouter, elles ont tout compris : l’amour, l’argent, la guérison, le succès.

En réalité, une partie de ces nouvelles “gourous féminines” du développement personnel ne vous aident ni à guérir ni à grandir. Elles exploitent vos blessures, vos complexes et votre peur de ne pas être “assez” pour vendre des promesses emballées dans un discours pseudo-spirituel et ultra matérialiste.

Cet article n’est pas une attaque contre toutes les femmes qui créent du contenu autour de la croissance personnelle. C’est une mise au point sur un phénomène précis : cette industrie féminine de “coaching” et de “manifestation” qui transforme la souffrance en business et les relations en transactions.

1. Quand la beauté devient un diplôme de sagesse

La première chose qu’on remarque chez ces influenceuses, ce n’est pas leur message. C’est leur visage.

La plupart sont de véritables cartes postales ambulantes : traits symétriques, peau lissée par filtres et dermatologues, corps sculpté, voix douce. Elles se filment depuis des appartements impeccables, des hôtels de luxe, des rooftops au coucher du soleil. Avant même qu’elles ouvrent la bouche, la mise en scène nous souffle : “Tu veux être comme moi.”

Imaginons autre chose.
La même vidéo.
Les mêmes phrases.
La même “sagesse”.

Mais cette fois, la créatrice a un physique banal, sans chirurgie, sans injections, sans maquillage pro, sans lumière parfaite. Est-ce que le message serait repartagé en boucle avec de la musique inspirante en fond ? Peu probable. Dans le meilleur des cas, on l’ignorerait. Dans le pire, on se moquerait d’elle.

C’est là que le problème commence : nous confondons beauté et crédibilité. On ne partage pas des idées, on partage un visage qui incarne le fantasme d’une vie parfaitement maîtrisée. La créatrice n’a même plus besoin de thumbnail travaillée : elle est la thumbnail.

Tant que nous validons ce modèle, nous envoyons un message implicite aux jeunes femmes : ta valeur dépend de ton apparence. Ta légitimité à parler de psychologie, d’amour ou de spiritualité dépend de ta capacité à ressembler à un filtre Instagram.

2. L’affaire Wizard Liz : quand la trahison fissure le mythe

L’exemple de la YouTubeuse et coach de “self-worth” Wizard Liz l’a confirmé récemment : même la femme la plus glamour et la plus “alignée” du web n’est pas à l’abri de la trahison. En 2025, elle accuse publiquement son fiancé, le YouTubeur Landon Nickerson, de l’avoir trompée alors qu’elle est enceinte de quatre mois. Les médias relaient l’affaire, les captures de Snapchat circulent, et Internet s’enflamme.

La réaction de beaucoup de femmes est révélatrice :

“Si même elle se fait tromper, on n’a aucune chance.”

Sous couvert de compassion, le sous-texte est glaçant : si une femme jeune, magnifique, célèbre, riche, admirée, coach en “self-love”, n’est pas “suffisante” pour être respectée, que vaut une femme normale ?

On glisse alors vers une équation toxique : Beauté + succès = droit à la loyauté
Tout le reste = optionnel, jetable, remplaçable.

La vérité est plus simple, et moins flatteuse pour notre ego : la tromperie ne raconte pas l’échec de la victime, mais le manque de caractère de celui qui trompe. Ce qui devrait nous choquer, ce n’est pas qu’une femme “parfaite” se fasse tromper, c’est que nous ayons intégré l’idée qu’il faut être exceptionnelle pour mériter le minimum syndical de respect.

3. Manifester l’amour, ou payer pour une illusion

Un autre pilier de ce monde : la “manifestation”.
“J’ai manifesté mon partenaire idéal.”
“J’ai manifesté ma vie de luxe.”
“Tu peux manifester l’homme de tes rêves si tu achètes mon programme.”

Dans les vidéos, on nous explique qu’avant, ces femmes ne savaient pas ce qu’elles voulaient, puis qu’un jour, elles ont “posé leurs intentions”, visualisé en détail leur relation idéale… et que l’univers, docile, a livré le colis sous 48h émotionnelles.

La vraie vie est moins instagrammable.
Vous pouvez avoir les meilleures affirmations du monde, vous resterez confrontée à la même chose que tout le monde : la complexité humaine, les contradictions, les blessures de l’autre, vos angles morts à vous, les renoncements, les discussions inconfortables et parfois la déception.

La sagesse ne vient pas des mantras, mais des chutes, des remises en question, des décisions difficiles, de ce que vous êtes prête à apprendre sur vous-même. Aucun tableau de visualisation ne vous protègera d’un partenaire lâche ou immature.

4. Quand “empowerment” veut dire : traite les hommes comme des distributeurs automatiques

Une partie de ces coachs en “féminité” vendent un script très clair :

  • Ne fréquente que des hommes riches.

  • Exige des cadeaux de luxe, des virements, des notes de restaurant astronomiques.

  • Ne donne presque rien en retour, hormis ta présence et ton corps.

  • S’il te respecte, c’est la base. S’il te finance, c’est normal. Toi, tu existes, c’est déjà suffisant.

Ce discours est présenté comme révolutionnaire et protecteur. En réalité :

  • il ne parle jamais d’amour ;

  • il ne parle jamais de construction à deux ;

  • il ne parle jamais de maturité émotionnelle, de gestion des conflits, de valeurs communes.

Juste d’extraction maximale de ressources.
Une sorte de prostitution émotionnelle soft, sans le mot.

Problème pratique :
si vous voyez les hommes comme des outils, vous n’attirez que des hommes qui vous voient, eux aussi, comme un outil. Pas des hommes stables, présents, fiables, capables de profondeur. Juste des joueurs du même jeu.

Autre détail gênant : la réalité économique.
Le “style de vie princesse sponsorisée” est accessible à une fraction minuscule d’hommes. Et parmi ceux qui ont ce niveau d’argent, combien sont disponibles, équilibrés, fidèles, aptes à la monogamie, et réellement généreux ?

Votre marché amoureux se réduit alors à un micro-segment d’hommes riches, sursollicités, souvent égocentriques, dans un environnement où tout le monde joue la même pièce de théâtre.

5. “Ma présence suffit” : le mensonge confortable

Ces discours contiennent souvent une phrase qui fait vibrer l’ego :

“Tu n’as rien d’autre à apporter que ta présence. Tu es le cadeau.”

Sur le moment, ça flatte. Sur le long terme, c’est un désastre.

Parce que :

  • La beauté s’abîme. Un accident, une maladie, le vieillissement, et la carte de visite disparaît.

  • La personnalité, sans loyauté ni effort, ne suffit pas. Être “fun” ne remplace pas la fiabilité, la capacité à soutenir l’autre, la gestion des tensions.

  • N’importe quelle jolie fille peut “apporter sa présence”. Ce n’est pas un avantage compétitif, c’est le minimum.

La vraie confiance en soi, ce n’est pas “je suis tellement exceptionnelle que tout m’est dû”.
C’est : “je connais ma valeur, je la cultive, et je choisis à qui je l’offre. Je suis capable de donner autant que je reçois.”

6. L’empowerment qui vire à la guerre des sexes

Beaucoup de ces contenus partent d’une réalité : des femmes ont été trahies, utilisées, humiliées. Leur colère est légitime.

Mais au lieu d’être traversée, cette douleur devient parfois une identité.
On ne parle plus de certains hommes, on parle de “tous les hommes”.
Tout devient danger, manipulation, rapport de force.

Résultat :

  • les hommes sont présentés comme des ennemis structurels,

  • la loyauté est considérée comme naïve,

  • la vulnérabilité comme un suicide émotionnel,

  • et le couple comme une négociation froide où l’on sécurise des garanties au cas où “il trahirait”.

Ironie : dans ce récit, les femmes sont présentées comme moralement supérieures, mais la réalité contredit la légende. Des femmes trompent. Des femmes manipulent. Des femmes mentent, gaslightent, profitent. Non, un sexe n’a pas le monopole de la vertu.

Ce qui détruit les relations, ce n’est pas “être une femme” ou “être un homme”.
Ce sont les personnes brisées qui refusent de se regarder en face.

7. Quand le développement personnel devient business de la vulnérabilité

Le problème ne se limite pas aux coachs “féminité de luxe” de TikTok. L’industrie du développement personnel regorge de figures qui ont su transformer la détresse en produit.

Teal Swan : la spiritualité algorithmique sous surveillance

La gourou spirituelle américaine Teal Swan, très suivie en ligne, est devenue l’un des cas d’école des dérives possibles. Documentaires, podcasts d’enquête et articles pointent ses méthodes controversées autour de la dépression et du trauma, certains critiques l’accusant de pousser des personnes vulnérables vers des visualisations dangereuses, tout en les enfermant dans un univers très contrôlé de retraites et de programmes payants.

Elle nie ces accusations, mais l’alerte est lancée : quand une figure charismatique prétend guérir les blessures les plus profondes de la psyché… tout en vendant des retraites coûteuses et en cultivant un cercle de disciples ultra dévoué, la frontière entre aide et emprise devient très floue.

Les coachs “manifestation” à 5 000 dollars

Dans l’espace anglophone, des témoignages se multiplient : des femmes racontent avoir payé plusieurs milliers de dollars à des “manifestation coaches” ou à des programmes de “money mindset” censés les rendre riches, amoureuses et guéries. À la place, elles se retrouvent avec :

  • des contenus vagues déjà disponibles gratuitement,

  • des promesses jamais tenues,

  • des groupes Telegram et quelques Zooms,

  • et un discours culpabilisant les clientes quand les résultats n’arrivent pas (“tu n’as pas assez cru”, “ton énergie n’était pas alignée”).

    Le schéma est simple :

    1. On cible des femmes en manque de confiance ou coincées dans leur vie.

    2. On leur vend une transformation totale.

    3. On fait reposer l’échec sur elles.

    Ce n’est pas de la croissance personnelle. C’est une mécanique commerciale qui prospère sur la honte et l’insécurité.

    8. Ce qu’elles ne vous diront presque jamais sur l’amour

    Étrangement, ces coachs parlent très peu de ce qui fait vraiment tenir un couple dans la durée :

    • la patience quand l’autre traverse une période sombre,

    • la capacité à parler quand ça fait mal,

    • la gestion du quotidien,

    • la loyauté quand la tentation apparaît,

    • le respect même dans les conflits,

    • l’envie sincère de faire grandir l’autre.

    Elles parlent de “ne jamais accepter moins qu’un homme qui paie tout”.
    Mais jamais de : “seras-tu là s’il perd tout ?”

    L’amour, ce n’est pas la liste infinie de ce qu’il doit faire pour toi.
    C’est ce que vous construisez à deux quand la vie est au plus bas.
    C’est là que se voit la différence entre un partenariat et une transaction.

    Conclusion : sortir du culte des coachs, retrouver le bon sens

    Le problème n’est pas de vouloir s’améliorer, se soigner, mieux choisir ses relations. Le problème, c’est d’avoir externalisé notre boussole intérieure vers des inconnues maquillées en oracles.

    La vraie question n’est pas :
    “Que pense cette coach de mon couple, de ma valeur, de mon avenir ?”
    mais :
    “Qu’est-ce que je veux construire, qu’est-ce que j’apporte, et avec quel type de personne ai-je vraiment envie de partager ma vie ?”

    Prendre soin de soi, ce n’est pas payer pour qu’on nous répète qu’on mérite tout sans jamais nous demander ce que nous sommes prêtes à donner.
    Prendre soin de soi, ce n’est pas apprendre à soutirer le maximum à quelqu’un avant de disparaître.
    Prendre soin de soi, c’est devenir suffisamment solide pour ne plus être hypnotisée par un visage parfait qui lit des banalités en format vertical.

    Tant que vous chercherez vos réponses chez une femme derrière un ring light, vous resterez cliente.
    Le jour où vous commencerez à vous poser des questions sérieuses sur ce que vous construisez, vous deviendrez enfin actrice de votre vie.

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