LE MARIAGE, CE MIROIR QUE CERTAINS REFUSENT DE REGARDER
Alors que certains qualifient le mariage de « violent », cette réflexion explore ce que cette perception dit de notre époque : narcissisme, peur de l’engagement et confusion entre liberté et solitude.
Quand l’amour devient une quête de soi
« Vous devez vous connaître entièrement avant d’aimer quelqu’un. » Cette phrase, répétée comme une sagesse moderne, est peut-être l’un des plus grands mensonges de notre temps. À force de vouloir se trouver, beaucoup finissent par s’éloigner de toute forme d’altérité.
Le mariage, au contraire, n’est pas l’aboutissement d’une identité parfaite, mais une aventure de croissance partagée. On ne s’y engage pas parce qu’on est complet, mais parce qu’on accepte de grandir avec l’autre. C’est une promesse de devenir, non une célébration de soi.
Quand certaines femmes disent : « Le mariage est une violence »
Depuis les années 1970, une partie du féminisme radical a déconstruit le mariage en le présentant comme un dispositif de domination. Andrea Dworkin, figure emblématique de cette mouvance, alla jusqu’à décrire le mariage comme une institution de soumission sexuelle. Mais quarante ans plus tard, cette vision résonne autrement. Ce qu’elle révèle, c’est une crainte viscérale de la dépendance affective — cette peur d’avoir à négocier, à céder, à s’exposer.
Or, aimer, c’est précisément cela : accepter de ne pas tout maîtriser. Et si, derrière le rejet du mariage, se cachait moins une révolte contre l’oppression qu’une panique du lâcher-prise ?
Le narcissisme : l’ennemi silencieux de l’amour
Notre époque adore l’idée d’un amour sans friction, sans engagement, où chacun reste « libre » à tout moment. Cette liberté est devenue l’idole du siècle — mais une idole capricieuse.
Le narcissisme moderne, nourri par les réseaux sociaux et l’individualisme culturel, transforme le couple en miroir : on aime moins l’autre que l’image de soi à travers lui. Dans cette logique, tout ce qui confronte — la routine, la patience, la fidélité — devient insupportable. Alors oui, le mariage peut paraître « violent »… mais seulement pour celles et ceux qui confondent l’amour avec l’adoration d’eux-mêmes.
Les élites et l’érosion du réel
Chez les célébrités, le mariage n’est souvent qu’un spectacle de statut, un rite mondain sans profondeur. Et pourtant, ces mêmes figures, issues d’élites libérales et privilégiées, s’érigent en guides spirituels du couple, prêchant un amour sans contrainte, sans durée, sans morale. Ironie suprême : celles et ceux qui prônent la liberté totale sont souvent les plus prisonniers de leur image.
Conclusion : Le courage d’aimer malgré tout
Le mariage n’est pas un piège, mais un miroir courageux. Il nous renvoie nos manques, nos égoïsmes, nos peurs — tout ce que la modernité nous apprend à dissimuler derrière des slogans sur « l’amour de soi ».
Ceux qui entrent dans l’union en quête d’adoration échoueront. Ceux qui y entrent pour apprendre à aimer, à donner, à durer, découvriront la forme la plus haute de la liberté : celle d’aimer quelqu’un plus que son propre reflet.

